Champigny-sur-Marne, lundi 7 août 2006 à 16:12 | Politique | #93 | rss

« Nous sommes arrivés aux limites de l’endettement supportable »
Les finances publiques vont mal. Si mal, que chaque nouveau né hériterait désormais d'une dette de 17 500 euros. Le rapport Pébereau, rendu public en décembre 2005, avait fait l'effet d'une bombe, en officialisant le chiffre de plus de 1 100 milliards d'euros de dette. Le 13 juin 2006, la Cour des comptes, chargée de dresser un rapport préliminaire au débat d'orientation budgétaire, jugeait préoccupante la situation. Gilles Carrez, député (UMP) du Val-de-Marne et rapporteur général de la Commission des finances de l'Assemblée nationale nous livre son analyse.
Jusqu'à quel point la situation des finances publiques vous paraît-elle préoccupante ?
Nous sommes arrivés aux limites de l’endettement supportable, avec une dette de 1 150 milliards d'euros, des charges d'intérêt presque équivalentes au produit de l'impôt sur le revenu et une vulnérabilité totale aux hausses de taux. Je constate que depuis 2002, nos finances publiques ne se sont guère améliorées : à fin 2005, la dépense publique rapportée au PIB a progressé de deux points (59,9 % contre 57,7 %) ; les prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales) sont restés stables (44 % contre 43,8 %) et enfin la dette a augmenté de 10 points pour atteindre les 66,6% du PIB (contre 56,3% en 2001). Si nous ne faisons rien, nous ne serons plus en mesure d’investir pour l’avenir et nous allons nous enfoncer dans la médiocrité au fil de l’eau, avec une érosion systématique et insidieuse de notre capacité de croissance, de notre pouvoir d’achat et de notre compétitivité. Aujourd’hui, l’Etat dépense essentiellement pour payer du fonctionnement et des interventions sociales, il est étouffé par ce type de dépenses et contraint de réduire à une peau de chagrin ses dépenses d'investissement et d'avenir. Il faut d'ailleurs compter sur les recettes ponctuelles de privatisation pour financer les nouvelles agences de la recherche, de l'innovation industrielle ou encore des infrastructures de transports. Notre modèle socio-économique ne fonctionne plus avec efficacité. Ceux qui pensent qu’il faut augmenter les impôts pour augmenter les dépenses, sont dans l’erreur. A la différence des Etats-Unis, qui utilisent certes des dépenses dites « contra cycliques » (augmenter la dépense publique pour stimuler la croissance), mais qui parviennent à équilibrer leurs comptes au terme du cycle. De notre côté, depuis 25 ans, nos déficits publics s'accompagnent de taux de croissance faibles, de taux de chômage élevés et d'une progression limitée du pouvoir d'achat. Le temps presse pour réagir.
Comment expliquez-vous cette situation ?
Nous sommes drogués à la dépense publique. Il faut maintenant se défaire de cette accoutumance et changer d'état d'esprit. D'un côté, nos concitoyens attendent tout de l’Etat, de l'autre, le monde politique a le sentiment d'exister à travers la dépense et l’intervention publiques. Cela fait 25 ans que tous les prophètes économiques nous prédisent qu’à coups de dépenses et d’interventions nous allons améliorer la situation. Résultat, le déficit augmente et la croissance n’est pas au rendez-vous. La vision keynésienne est obsolète. Les pays qui ont supprimé leur déficit sont des démocraties qui ont un taux de croissance élevé, ont réussi à baisser le chômage et retrouvé une compétitivité forte. Des pays comme la Suède ou le Danemark ont réduit de dix points en dix ans le poids de leurs dépenses publiques dans leur économie.
Les propositions du gouvernement vous paraissent-elles réalistes ?
Les propositions du gouvernement sont bonnes, mais elles nécessitent une volonté politique farouche. Depuis 1981, les mauvaises habitudes ont été prises en particulier à gauche. Résultat : L’Etat dépense en moyenne 16% de plus que les ressources dont il dispose. Si nous maintenons une politique de stabilité de dépenses pendant 5 ans, nous arriverons à l'équilibre des comptes. Mais il s’agit d’un effort considérable et il faudra garder une volonté intacte, quelles que soient les échéances électorales. Nous devons adopter une attitude prudente sur les prévisions, notamment fiscales. Le gouvernement est resté prudent en 2004 et nous avons bénéficié de 10 milliards de recettes supplémentaires qui ont été affectés à la baisse du déficit. En 2005, le déficit a à nouveau diminué malgré une faible croissance (1.5%). En 2006, les recettes seront à peu près égales aux prévisions, avec un déficit autour de 42-43 milliards d’euros, c’est à dire un niveau de dépense de l’ordre de 14% supérieur aux recettes. C’est mieux, mais pas suffisant. Il est certain que le redressement de nos finances publiques devra constituer l'un des enjeux de la prochaine élection présidentielle. On ne peut plus invoquer une croissance virtuelle pour financer des promesses que l'on ne pourra tenir. De ce point de vue, les propositions du Parti socialiste d'augmenter la dépense publique entre 50 et 100 milliards d'euros sont irresponsables. Ce sera autant de plus à incorporer dans la dette de l'Etat. .
Quelles sont vos propositions pour sauver les finances publiques ?
Nous sommes condamnés à faire des économies. Il faut dépenser moins, en dépensant mieux. La première étape est de réduire le déficit à un niveau qui permette de stabiliser la dette. Il faut agir en bon père de famille. Si un ménage gagne 3000 euros et en dépense 3500 en dépenses courantes, il risque de se retrouver rapidement dans une situation délicate. Pour l'Etat, c'est un peu pareil. Environ 15 milliards d'économies sont nécessaires pour atteindre le déficit stabilisant. Pour y parvenir, la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances, qui repose sur la logique d’un pilotage par objectifs et d’une gestion orientée vers les résultats.) est un outil précieux pour un meilleur management public.
Nous pouvons réaliser des économies sur trois secteurs :
- La remise en cause des 35 heures, qui représentent un tiers du déficit budgétaire, soit 15 milliards d'euros, équivalents au coût des compensations de baisses de charges accordées aux entreprises, des recrutements d'agents publics ou d'indemnisations des heures supplémentaires rendues nécessaires à l'hôpital ou dans la police.
- Le non remplacement de l’ordre de la moitié des fonctionnaires qui partent à la retraite. Depuis 2002, il y a eu plus de 90 % de remplacement.
- La remise à plat de certains programmes d’armement.
Toute la difficulté est de parvenir à des arbitrages intelligents. Si la recherche, l’innovation et les infrastructures réclament des investissements plus importants, il faudra bien faire des économies ailleurs. Pour cela, il faut du courage politique, moins d'idéologie et davantage de pragmatisme.
Propos recueillis par Laure Kepes
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Tags : Gilles Carrez, Interview, UMP






Pour un fonctionnaire en disponibilité, il ne manque pas de culot ! (quelqu'un peut-il me dire s'il touche toujours une indemnité à ce titre.
Monsieur CARREZ, rapporteur général de la commission des finances,n'aime pas les propriétaires bailleurs a fait supprimer entre autre l'abbattement forfaitaire de 14% alourdissant un peu plus leur fiscalité(soit une augmentation de + de 25% sur l'assiette des contributions sociales)
Sachez que pour les propriétaires louant en meublé (investissement privilégié par nos élus) il n'a modifier l'abbatement que de 6% passant ainsi de 76ù à 68%
C'est à dire que pour 100 € de revenus ils ne déclarent que 36 € (base imposable).
Quelle justice fiscale.....
Bonjour,
Merci de bien vouloir citer l'origine de cette interview, surtout quand elle est intégrale, soit infos.actusite.fr
Excellente soirée
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