Champigny-sur-Marne, samedi 13 janvier 2007 à 12:54 | Culture | #173 | rss
Régime de bananes en bandoulière, on était parti pour un marathon de danse qui allait nous laisser sur le flanc. Douze heures de spectacle pour un long récit sur la beauté intitulé Je ne suis pas un artiste, chorégraphié par Geisha Fontaine et Pierre Cottreau. Au pire, le spectacle ressemblait à un coup de bluff, au mieux à du snobisme. Travailler sur la durée, la résistance, s'inscrire à contre-courant de la consommation prédigérée, autant de belles intentions, à condition d'y apporter des réponses réjouissantes.
Surprise ! Dès le premier tableau du feuilleton, créé au Théâtre Gérard-Philipe de Champigny-sur-Marne en décembre 2006, on glisse dans un long fleuve tranquille. Décélération maximale. Les trois danseuses en rose bonbon, la chanteuse en mini-jupe. Les musiciens ont tout leur temps et nous aussi !
Est-ce aussi le petit nombre de spectateurs qui accentue cette atmosphère si paisible, si volontairement inefficace ? On plonge dans une bulle, on y flotte, pique un petit somme au bout d'un certain temps. On en émerge comme d'un rêve.
Toutes les quarante minutes, une pause ouvre une parenthèse parfaitement ajustée. Café, gâteaux, soupe et repas, après neuf heures de spectacle, champagne ou vin chaud pour ceux qui tiennent jusqu'au bout... et c'est reparti pour un tour. Ce sens du rythme, qui n'est pas une affaire de vitesse - une évidence pour la chorégraphe Geisha Fontaine auteur d'un ouvrage sur Les Danses du temps (éd. CND) -, permet de tenir, en adoptant un régime plus proche de la contemplation que de la course de fond.
Plus les heures tournent, plus l'addiction grandit. Le spectacle bascule dans le rendez-vous amical : on croit poursuivre une conversation virtuelle avec les interprètes tout en discutant avec d'autres spectateurs. Certains quittent le théâtre, font l'impasse sur un épisode, s'allongent sur les couvertures prévues à cet effet. D'autres les remplacent tandis que les figurants amateurs, au nombre d'une soixantaine, débarquent par grappes avec leur fan-club dans le hall du théâtre. L'ambiance vire à la fête de fin d'année, au raout entre copains.
A l'affiche du festival Faits d'hiver, à Mains-d'oeuvres (Saint- Ouen), le 13 janvier et le 3 février, de 19 heures à 7 heures, Geisha Fontaine et Pierre Cottreau désiraient obtenir une pièce comparable dans ses effets aux fresques de danse indienne qui transforment le théâtre en maison pour tous et l'art en plaisir partagé. Je ne suis pas un artiste réussit à tenir le pari d'un spectacle chorégraphique (ça danse beaucoup et avec un bon pourcentage d'inventivité), tout en restant spontané, fragile.
Lors des premières représentations, une des trois danseuses (les excellentes Albane Aubry, Wendy Cornu, Annabelle Pulcini), dont la fatigue se lit sur les visages de plus en plus creusés au fil des épisodes, s'est carrément endormie sur scène à la douxième heure. Il était temps. Le rêve aurait pu virer au cauchemar.
source : Le Monde






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