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Neocom obligé de fermer après une grève !

À Champigny-sur-Marne, face à la mobilisation de jeunes salariés contestant les conditions de travail et de salaire, Neocom ferme le site.

« La téléprospection ? Plus jamais on ne veut travailler là-dedans », jurent en choeur les - ex-salariées de Neocom, après l’amère expérience qu’elles viennent de faire dans cette société basée à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), qui s’apprête à les licencier. Car, après une grève de deux semaines sur les salaires et les conditions de travail, suivie par la moitié du personnel, la seule issue trouvée par le PDG Reuben Belhassen a été de fermer brutalement l’entreprise.

En mai dernier, ce trentenaire qui se fait aussi appeler Lionel Delassen, et qui possède six autres sociétés dans le domaine financier ou immobilier, implante dans la zone franche de Champigny ce centre de prospection téléphonique. Les quelques dizaines de salariés embauchés, la plupart des jeunes femmes d’origine immigrée dont c’est le premier emploi, sont chargées de placer par téléphone des rendez-vous avec des « conseillers fiscalistes » de Prestige finance, une autre société de Belhassen, qui vont chercher à vendre des placements. « Rapidement, les problèmes se sont accumulés », se souvient Aurélie, qui se dit « la seule Blanche de la société ».

Elle et Fabrice, embauchés en novembre, ainsi que Saliha et Dounia, engagées en octobre, dénoncent : une salle de repos minuscule sous un escalier, des sièges durs pas adaptés au travail de bureau, des micros « qui puent » faute de nettoyage. Et puis, la pression des superviseurs, qui fixent l’objectif de 600 appels par jour, une moyenne impossible à atteindre, et qui « parlent mal » aux salariés. « Certains jours, ils demandaient à des filles de « se casser », de rentrer chez elles, de ne pas venir pendant plusieurs jours voire une ou deux semaines », explique Dounia. Neocom défalquant ces journées de la paye, les salaires sont parfois tombés à 200 euros, pour des contrats à temps plein au SMIC. « On ne savait même pas que c’est illégal », explique Amira. Humiliation classique dans les centres d’appel, Neocom oblige les salariés à franciser leurs noms quand ils se présentent au téléphone.

Le 20 février, une vingtaine de jeunes se met en grève. « Par hasard », ils ont trouvé sur Internet les coordonnées de l’union locale CGT, qui les a aidés à structurer leurs revendications. Pendant deux semaines, la direction refuse de discuter. « Les salariés tiraient la langue financièrement, ils ont décidé de reprendre le travail le 7 mars, raconte Laurence Vialfon, de la CGT. À leur retour, le climat était tendu. Deux jours plus tard, M. Belhassen a fermé le site en prétextant un conflit avec France Télécom, qu’il n’a jamais prouvé. Il s’est simplement débarrassé des grévistes, des grandes gueules, et a gardé les salariés dociles, qu’il a recasés dans son autre société de prospection ». Contacté par l’Humanité, M. Belhassen n’a pas souhaité donner son point de vue.

La semaine dernière, une dizaine de jeunes a donc reçu une convocation pour des entretiens préalables à licenciement, les 10 et 11 avril. - L’affaire ne s’arrête pas là puisqu’avec la CGT, ils constituent des dossiers pour attaquer Neocom aux prud’hommes et récupérer tous leurs salaires. Reste aussi à savoir le motif que va invoquer la direction pour les licenciements. L’union locale CGT organise mardi, premier jour des entretiens, un rassemblement et un barbecue de solidarité devant l’entreprise.

source : L'Humanité

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