Champigny-sur-Marne, mardi 24 avril 2007 à 19:31 | Politique | #210 | rss

Le Parti communiste a subi, le 22 avril, le plus grave revers de son histoire dans le Val-de-Marne, un département qui est l'un de ses fiefs historiques et qu'il gère encore.
Marie-George Buffet arrive très loin derrière Ségolène Royal, qui totalise près de dix fois plus de voix qu'elle (183 061 contre 19 233). Pire encore, Olivier Besancenot, le candidat de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), obtient 22 153 voix de plus que la secrétaire nationale du PCF - réalisant ainsi un score de 3,51 % contre 3,05 % pour Mme Buffet dans ce département. Le candidat trotskiste se paie même le luxe de devancer la candidate communiste dans quatre villes tenues par le PCF - Fontenay- sous Bois, Chevilly-Larue, Choisy-le-Roi et La Queue-en-Brie, Mme Buffet n'atteignant même pas le seuil des 5 % dans les trois dernières communes citées. Au final, le PCF ne devance la LCR que dans 9 villes sur les 47 du département.
Enfin, le Parti communiste ne bat le Front national que dans trois villes (Gentilly, Ivry, Valenton) alors que Jean-Marie Le Pen le devance dans des communes jadis intouchables comme Villejuif dont Georges Marchais était le député (8,3 % contre 6,4 %) ou encore Vitry (7,7 % contre 5,5 %). Même à Valenton où elle réalise son meilleur score (13,07 %), Marie-George Buffet est en net recul par rapport à Robert Hue qui y avait obtenu plus de 24 % des voix, il y a cinq ans.
Chez les communistes du Val-de-Marne, au lendemain du scrutin, tout le monde s'accorde à dire que cette Bérézina est la conséquence du vote utile, dès le premier tour, des électeurs qui n'ont pas voulu revivre un "21 avril bis". Laurence Cohen, secrétaire départementale du PCF indique ainsi : "Notre électorat, très conscient de la nocivité du projet de Nicolas Sarkozy, et très porté sur le rassemblement, a voté pour la candidate de gauche paraissant être en mesure d'être présente au second tour". Ce serait la raison pour laquelle, dans le Val-de-Marne, Ségolène Royal a obtenu ses meilleurs résultats dans des villes communistes (36,6 % à Ivry et 36,8 % à Gentilly).
Mais pour certains, invoquer uniquement le phénomène de vote utile paraît insuffisant pour expliquer le recul du Parti communiste. Christian Favier, le président PCF du conseil général avance, pour sa part, une seconde raison qui relève davantage de la responsabilité de son parti. "C'est l'incapacité d'aller jusqu'au bout d'une candidature unique des forces de la gauche antilibérale. Cela a abouti à un éparpillement."
Dans ce département, où demeure dans les rangs communistes, une tendance "marchaisienne", le score réalisé par le PCF le 22 avril n'est, aux yeux des militants et anciens militants de cette sensibilité, que "le résultat de la mutation entreprise par Robert Hue en 1994 et poursuivie par Marie-George Buffet". Pour eux, la secrétaire nationale du PCF a commis une grave erreur en se présentant comme candidate antilibérale et non comme candidate communiste. Ce profil de campagne, estiment-ils, a eu pour effet l'abandon de l'électorat populaire. "La nature a horreur du vide et la place a été prise par d'autres dont Le Pen", explique l'un d'entre eux. Pour les "marchaisiens", Marie-George Buffet ne s'est pas assez démarquée de Mme Royal, ce qui a rendu son discours inaudible. Ces derniers jugent que le PCF "va vers de nouveaux déboires au niveau des mairies, des cantons, et de l'unique siège de député qu'il lui reste" (la 10e circonscription).
Tous les autres affichent un optimisme raisonné. Christian Favier, qui admet que "la situation n'est pas facile", souligne qu'"il ne faut pas faire de liens trop étroits entre une élection à caractère national et des scrutins locaux". Et de rappeler qu'aux cantonales qui ont suivi la présidentielle de 2002, son parti n'avait perdu aucun siège.
"Bien sûr il y a un recul électoral du PCF, même si des électeurs reviendront au vote communiste pour les législatives. Il n'y a pas péril en la demeure", insiste Jacques Perreux. Vice-président du conseil général et toujours membre du PCF, il a été directeur de campagne de José Bové.
Le Parti socialiste, en disant que le PCF n'a pas disparu, tient un langage assez proche mais non dénué d'arrière-pensées électorales. Ainsi le sénateur socialiste, Serge Lagauche, rappelle que "nous comptons sur un rassemblement des forces de progrès dans le Val-de-Marne, maintenant et pour l'avenir". Ce qui va se traduire, au lendemain des législatives, par une journée de travail commune de l'ensemble des partis de gauche, à l'initiative de Michèle Sabban, première secrétaire du Val-de-Marne. Elle aussi affirme que "le Parti communiste n'est pas fini". Entre la tentation de la radicalisation et celle de l'allégeance au PS, le Parti communiste va devoir choisir.
par Francis Gouge
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Tags : Christian Favier, José Bové, Laurence Cohen, Marie-George Buffet, PCF, Robert Hue, Ségolène Royal






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