monchampigny.com
 
Les deux lettres de Guy Môquet...

Le soudain enthousiasme de Nicolas Sarkozy pour la lettre de Guy Môquet et l’agitation qui s’est ensuivie ont eu un effet secondaire surprenant : on possède désormais deux originaux de cet écrit. C’est assurément un de trop. Le 16 septembre, à l’occasion des Journées du patrimoine, les deux documents ont été exposés côte à côte au musée national de la Résistance, à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne).

Les textes sont identiques, mais l’un est à l’encre, l’autre au crayon. Que révèle l’analyse de ces deux lettres ? «Faute de temps et de moyens, nous n’avons pas encore pu étudier les différences», est la réponse navrée - et stupéfiante - de Guy Krivopissko, conservateur du musée.

La lettre à l’encre a été donnée au musée en 1992 par Anne-Marie et Alain Saffray. Anne-Marie Saffray est la fille adoptive de Prosper Môquet, père de Guy (en 1960, il a adopté la fille de sa seconde épouse et c’est ainsi qu’elle est devenue la sœur de Guy Môquet, sans l’avoir connu). C’est donc elle qui a hérité des affaires de Prosper et de Guy, dont cette fameuse lettre à l’encre qui, jusqu’à très récemment, était considérée de la main du jeune martyr. Pliée en quatre. En 2002, en faisant un peu de rangement, Anne-Marie et Alain Saffray découvrent une seconde lettre, au crayon à papier cette fois, dans le portefeuille de Juliette Môquet, mère de Guy. Cette feuille de papier pliée en quatre était là depuis des années, sans que personne ne s’en doute ( Libération du 6 juin 2007). Les Saffray disent avoir immédiatement perçu l’intérêt historique de ce nouveau document. Comme ils possèdent un paquet de documents et d’objets de Guy et de son père, ils veulent transmettre l’ensemble aux historiens. Mais le musée de Champigny n’a ni la place ni les moyens d’accueillir et de documenter ces quatre mètres cubes d’archives, dans lesquels on trouve aussi bien le berceau de Guy, son cheval à roulettes, ses soldats de plomb, ses carnets scolaires, ses lettres. Dont celle au crayon gardée précieusement par sa mère.

Tout cela reste donc chez les Saffray, en Normandie, et la lettre à l’encre du musée, dont il apparaît (au moins pour Anne-Marie et Alain) qu’elle n’est qu’une copie à l’encre de l’original, reste présentée comme de la main de Guy. Soudain, c’est l’événement : le jour de son investiture, Nicolas Sarkozy fait lire la lettre du jeune fusillé lors d’une cérémonie au Bois de Boulogne et annonce que cette lecture sera répétée dans chaque classe à la rentrée scolaire (ce sera le 22 octobre finalement). Tout d’un coup, la pression monte autour du patrimoine Môquet. «Jusqu’à la déclaration de Sarkozy, il était convenu avec la famille qu’elle garderait les archives tant que nous ne serions pas en mesure d’en faire l’inventaire. Mais les choses se sont précipitées», rapporte Guy Krivopissko, qui connaissait l’existence de la lettre au crayon depuis «cinq ou six ans». Bref, faute de pouvoir traiter l’ensemble des pièces, on a continué de présenter comme original un texte qui ne l’était vraisemblablement pas.

Le 23 juillet, à Bréhal (Manche), berceau de la famille, une petite cérémonie est organisée lors de laquelle l’ensemble des archives est embarqué dans un camion, direction Champigny-sur-Marne. Dès lors, le musée de la Résistance possède deux «originaux» de la lettre la plus connue de France. Et pas tellement plus de moyens qu’avant.

Petit e boucle. Faute de travail scientifique, on en est réduit aux hypothèses. La plus probable est que la lettre à l’encre est une recopie par la mère du texte original au crayon. «Ces recopies étaient fréquentes à l’époque. C’était le seul moyen de faire circuler les textes de fusillés dans les familles et dans la Résistance, indique Guy Krivopissko, auteur d’un livre sur le sujet (1). Ces dernières lettres étaient, pour la plupart, écrites au crayon sur un mauvais papier. On se transmettait les copies à l’encre au cimetière, lors de l’enterrement.» Anne-Marie et Alain Saffray n’ont en tout cas aucun doute sur le fait que l’exemplaire au crayon à papier est l’original : «Il y a sur la signature de Guy une petite boucle très caractéristique, qui n’apparaît pas sur la recopie à l’encre.» Ils ont en outre retrouvé dans les affaires de Prosper une page d’un journal corse qui reproduisait en fac-similé la lettre, et la ­petite boucle y apparaîtrait nettement. Finalement, la soudaine agitation autour de la lettre de Guy Môquet aura servi au moins à cela : mettre les archives à l’abri et permettre que commence un travail scientifique. Pour autant que les moyens suivent… Une sélection des archives de la famille Môquet sera présentée au musée de la Résistance à partir du 23 octobre.

source : Libération

Devenir Rédacteur sur le blog...

Tags : , , , ,

 
Commentaires
1.   paul villach  ›  jeudi 18 octobre 2007 à 14:55

La lecture politique de la lettre de Guy Môquet : l’État n’outrepasse-t-il pas ses droits ?
Cette critique de la lecture officielle de la lettre de Guy Môquet devant la jeunesse scolaire peut vous intéresser.
Voici le lien :
www.AgoraVox.fr/article.p...
Cordialement,
Paul Villach

 
2.   Citoyen  ›  jeudi 18 octobre 2007 à 15:42

Paul,
J'ai lu votre article que je résumerais ainsi : polémique futile et infondée.
Cela dit on voit que votre onanisme intellectuel vous aura procuré un plaisir que vous souhaitiez partager avec nous...
Cordialement
Citoyen (pour l'équilibre entre les droits et les devoirs).

 
3.   arnodu  ›  dimanche 21 octobre 2007 à 22:49

En ces temps où démagogie rime souvent avec sensiblerie, voici un article qui replace
les événements douloureux de notre histoire dans leur véritable contexte.
www.historia-nostra.com/i...

 
4.   chteuchteu  ›  lundi 22 octobre 2007 à 18:13

Je trouve qu'il serait intéressant de pouvoir analyser en ligne les deux copies... Sujet intéressant !

 
5.   dede  ›  dimanche 28 octobre 2007 à 20:29

c tro emouvant la lettre quil a laisser a ses proches .

 
6.   Citoyen  ›  dimanche 28 octobre 2007 à 23:27

Dédé,
Vous résumez l'essentiel de cette lettre, dont j'ignorais l'existence avant que le Président de la République la mette à l'honeur.
Les communistes veulent la récupérer sous prétexte que Guy Moquet aurait été communiste et résistant.
Seulement voilà, Guy Moquet avait 16 ans, était sans doute plus communiste de coeur que de raison (son père notamment était député communiste, et arrété depuis 1939 pour cette raison) et il est donc devenu un militant très engagé. Par contre il n'a jamais été résistant puisqu'au moment de son arrestation, les communistes n'étaient pour leur part pas encore entrés dans la résistance (du fait du pacte de non aggression germano-soviétique).

En revanche, l'ironie du sort veut que ce soit l'entrée dans la résistance des communistes qui soit à l'origine de l'éxécution de Guy Moquet. En effet, c'est l'assassinat d'un officier allemand par 3 communistes devenus résistants qui a conduit à 'exécution, en représaille, de 27 détenus communistes dont Guy Moquet était le plus jeune.

3 mots caractérisent donc Guy Moquet : Jeune ; Engagement ; Victime.
Et la lettre d'adieu de Guy Moquet à ses proches n'inspirent l'émotion que pour ces 3 mots.
Le voeu de notre président d'imposer cette lettre à la jeunesse m'aparaît comme la volonté de donner plus de valeur à ces 3 mots.

Et si ça fait de la pub au PCF, ce n'est qu'un effet secondaire indésirable, tel un médicamment !

 
Ajouter un commentaire

Les commentaires pour ce billet sont fermés.